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ComposantsPuissance et énergie

Température de jonction : résistances thermiques et refroidissement

Calculez et interprétez la température de jonction avec RθJA, RθJC, RθCS et RθSA, en air calme, sous ventilation ou avec dissipateur.

Rédaction et revue techniqueElectroDesignForge Engineering Team

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À retenir : la température de jonction TJ est la température de la zone active d’un semi-conducteur. En régime permanent, on l’estime à partir de la température ambiante locale, de la puissance réellement transformée en chaleur et de la résistance thermique du chemin utilisé. Cette estimation sert à dimensionner une solution thermique ; elle ne remplace ni les courbes constructeur, ni la simulation, ni la mesure sur le produit final.


Référence rapide

GrandeurSymboleUnitéSignification dans l’outil
Température ambiante localeTA°C ou °FAir au voisinage du composant, ou à l’entrée du dissipateur
Température de jonctionTJ°C ou °FTempérature estimée de la puce active
Limite de jonctionTJ,max°C ou °FLimite publiée dans la fiche technique, pas une cible de fonctionnement
Puissance dissipéePW ou mWPertes converties en chaleur dans le composant
Résistance jonction-ambianteRθJA°C/WChemin complet de la jonction vers l’air dans les conditions d’essai
Résistance jonction-boîtierRθJC°C/WChemin de la jonction vers la surface de référence du boîtier
Résistance boîtier-dissipateurRθCS°C/WInterface, graisse, pad, isolant et qualité du contact
Résistance dissipateur-ambianteRθSA°C/WÉvacuation du dissipateur vers l’air
Impédance thermique transitoireZθ(t)°C/WRéponse thermique dépendante du temps, non calculée par l’outil

Pour un seul chemin thermique en régime permanent :

ΔT = P × Rθeffective
TJ = TA + ΔT
Marge = TJ,max − TJ

Un degré Celsius par watt et un kelvin par watt ont la même valeur pour une différence de température. En revanche, une température absolue en °F doit être convertie correctement ; l’outil s’en charge.


1. Que représente réellement la température de jonction ?

La jonction est la zone du silicium où les transistors et diodes dissipent de la puissance. Elle est inaccessible à une sonde ordinaire et peut être nettement plus chaude que le boîtier visible. Pour un circuit intégré, TJ n’est donc ni la température ambiante, ni la température du dessus du boîtier.

La chaleur traverse plusieurs matériaux avant d’atteindre l’air : silicium, attaches de puce, leadframe ou substrat, boîtier, cuivre du PCB, interface thermique et éventuellement dissipateur. Chaque étape oppose une résistance au flux thermique, comme une résistance électrique s’oppose au courant.

L’analogie est utile :

Domaine électriqueDomaine thermique
Tension VÉcart de température ΔT
Courant IFlux de chaleur / puissance dissipée P
Résistance RRésistance thermique Rθ
V = I × RΔT = P × Rθ

Cette analogie décrit un bilan moyen. Une puce peut contenir plusieurs points chauds, des sources de chaleur voisines et des chemins parallèles qui ne sont pas visibles dans un modèle à une seule résistance.

2. Puissance dissipée : entrer les pertes, pas la puissance utile

Le calcul thermique utilise la puissance qui devient de la chaleur dans le composant étudié. Elle peut être très différente de la puissance qui traverse le circuit.

ComposantEstimation de départ de la dissipation
Régulateur linéaireP ≈ (Vin − Vout) × Iout + Vin × Iq
MOSFET passantPcond ≈ IRMS² × RDS(on), puis ajouter les pertes de commutation
DiodeP ≈ VF × Imoyen, avec les pertes dynamiques si elles comptent
Convertisseur à découpagePIC n’est qu’une partie de Pin − Pout ; self, diode et MOSFET externes dissipent séparément
Résistance de puissanceP = IRMS²R = VRMS²/R

Utilisez le pire point de fonctionnement crédible : tension, courant, fréquence de commutation, tolérances et température. Pour une charge pulsée, la puissance moyenne peut convenir si le régime thermique a le temps de se stabiliser ; une impulsion courte exige les courbes Zθ(t) ou un modèle transitoire.

3. Les températures à ne pas confondre

TA : ambiante locale

TA est la température de l’air qui reçoit la chaleur. Dans un boîtier fermé, elle peut dépasser largement la température de la pièce. Avec un dissipateur ventilé, prenez l’air à son entrée, avant son réchauffement.

TC : boîtier

TC est mesurée à un point défini par le fabricant, souvent sur une face métallique ou au centre du boîtier. Un autre point de mesure peut produire une valeur différente.

TS : dissipateur

TS correspond à la base du dissipateur, près de l’interface. Les ailettes sont généralement plus froides ; une mesure éloignée de la semelle sous-estime donc la température du chemin principal.

TJ,max : limite, pas consigne

La valeur maximale absolue indique une frontière à ne pas dépasser. Elle ne garantit pas les performances électriques, la précision ou la durée de vie à proximité de cette limite. La conception doit conserver une marge pour les tolérances, les transitoires, l’encrassement, la perte de ventilation et le vieillissement de l’interface.

4. Comprendre RθJA, RθJC, RθCS et RθSA

RθJA n’est pas une constante universelle du boîtier

RθJA regroupe tous les chemins entre la jonction et l’ambiante lors d’un essai normalisé ou défini par le fabricant. Pour un boîtier à pad exposé, une grande partie de la chaleur peut passer dans le cuivre du PCB plutôt que directement dans l’air.

Sa valeur dépend notamment de :

  • la surface et l’épaisseur de cuivre ;
  • la présence, le diamètre et le remplissage des vias thermiques ;
  • le nombre de couches et les plans internes ;
  • l’orientation de la carte et du boîtier ;
  • la vitesse et la direction de l’air ;
  • les composants voisins et la température à l’intérieur du produit.

Une valeur mesurée sur une carte JEDEC ne décrit donc pas automatiquement votre PCB. Utilisez-la pour une première estimation et recherchez les courbes selon la surface de cuivre ou le layout de démonstration du fabricant.

RθJC décrit un chemin contrôlé vers le boîtier

RθJC suppose que la chaleur est extraite par la surface de boîtier désignée. Elle convient à une chaîne avec dissipateur lorsque le montage reproduit ce chemin. N’ajoutez jamais RθJA à RθJC : RθJA représente déjà un chemin complet vers l’ambiante.

RθCS représente l’interface

Cette résistance couvre le contact entre boîtier et dissipateur : planéité, pression, surface, graisse, pad, isolant électrique et épaisseur. Une valeur typique de matériau n’est valable qu’avec l’épaisseur et la pression prévues. La résistance de contact peut dominer si la surface est petite ou mal serrée.

RθSA dépend de l’installation

La performance du dissipateur varie avec l’orientation, le débit d’air, les obstacles, la recirculation et l’espacement. Utilisez la courbe du fabricant à la vitesse d’air réelle, pas uniquement la valeur nominale annoncée dans des conditions idéales.

5. Les trois modes du calculateur

Air calme : chemin RθJA

Le mode Air calme applique :

TJ = TA + P × RθJA

Choisissez-le lorsqu’aucun dissipateur dédié n’est monté et que vous disposez d’une valeur RθJA représentative du PCB. Il fournit un ordre de grandeur stationnaire.

Débit d’air : modèle de présélection

Lorsqu’aucune courbe constructeur n’est disponible, l’outil sépare de façon empirique une part limitée par la conduction et une part améliorée par convection. Avec la vitesse v convertie en pieds linéaires par minute (LFM) :

Rθeffective = RθJA × [0,35 + 0,65 / (1 + 0,55 × √(vLFM / 100))]
1 m/s = 196,85 LFM

Le plancher de 35 % évite de supposer qu’un débit d’air infini annulerait la conduction interne. Cette loi est volontairement un outil de comparaison, pas une propriété physique universelle du boîtier. Une courbe fabricant RθJA-débit d’air, une simulation CFD ou une mesure prévaut toujours.

Dissipateur : chaîne série détaillée

Le mode Dissipateur additionne les résistances du chemin choisi :

Rθeffective = RθJC + RθCS + RθSA
TS = TA + P × RθSA
TC = TS + P × RθCS
TJ = TC + P × RθJC

Ce modèle suppose que la majorité de la chaleur suit cette chaîne. Dans la réalité, une partie peut aussi partir par les broches et le PCB ; ignorer ce chemin parallèle est généralement conservateur, mais la géométrie exacte doit être vérifiée.

6. Lire chaque résultat de l’outil

RésultatCalculInterprétation
Élévation ΔTP × RθeffectiveÉcart stationnaire entre jonction et ambiante
TJ estiméeTA + ΔTTempérature interne prévue au point saisi
MargeTJ,max − TJRéserve avant la limite absolue
Puissance maximale à TA(TJ,max − TA)/RθSeuil mathématique, sans marge de conception
TA maximaleTJ,max − P × RθAmbiante théorique à la limite pour cette puissance
Rθ maximale requise(TJ,max − TA)/PRésistance totale à ne pas dépasser
Budget thermique utiliséΔT/(TJ,max − TA)Part de l’élévation disponible consommée

L’indicateur Marge confortable signifie que la température reste à plus de 10 °C de TJ,max et que moins de 90 % du budget est utilisé. Marge faible apparaît à 10 °C ou moins de la limite, ou à partir de 90 % du budget. Limite dépassée signifie que la marge est négative. Ces seuils sont des repères d’interface, pas des règles universelles de qualification.

En mode ventilé, l’outil affiche aussi la TJ équivalente sans ventilation et la réduction estimée de Rθ. En mode dissipateur, il détaille TS et TC, ce qui facilite la comparaison avec des mesures.

7. Dimensions du boîtier et densité surfacique

L’option de dimensions calcule l’empreinte projetée :

A = longueur × largeur
Densité = P / A

L’outil l’exprime en W/cm² et en mW/mm². Cette valeur aide à comparer des composants ou à repérer une forte concentration de puissance, mais elle ne remplace pas la densité réelle dans le silicium : la puce active est souvent bien plus petite que le boîtier.

N’utilisez pas cette densité pour déduire directement une température. Deux boîtiers de même surface peuvent avoir des leadframes, pads exposés et chemins vers le PCB très différents.

8. Exemple complet : choisir un dissipateur

Un régulateur dissipe 4 W dans une armoire où l’air peut atteindre 50 °C. Sa limite est TJ,max = 150 °C et la fiche technique donne RθJC = 2 °C/W. L’interface choisie vaut environ RθCS = 0,5 °C/W. On souhaite conserver 20 °C de marge, donc viser TJ,cible = 130 °C.

La résistance totale admissible avec cette marge est :

Rθtotal,cible = (130 − 50) / 4 = 20 °C/W
RθSA,max = 20 − 2 − 0,5 = 17,5 °C/W

Un dissipateur annoncé à 12 °C/W dans l’orientation prévue donne :

Rθeffective = 2 + 0,5 + 12 = 14,5 °C/W
ΔT = 4 × 14,5 = 58 °C
TJ = 50 + 58 = 108 °C
Marge sous TJ,max = 42 °C
TS = 50 + 4 × 12 = 98 °C
TC = 98 + 4 × 0,5 = 100 °C

Le calcul paraît confortable vis-à-vis de TJ,max, mais le dissipateur approche 98 °C : les risques de contact, la température des composants voisins et le matériau du boîtier doivent aussi être examinés.

9. Résistance thermique Rθ et paramètres Ψ : ne pas les interchanger

Les fiches techniques publient parfois ΨJT ou ΨJB. Ce sont des paramètres de caractérisation thermique reliant la puissance à l’écart entre jonction et point mesuré dans une configuration donnée. Ils servent notamment à estimer TJ à partir d’une température mesurée sur le dessus du boîtier ou sur la carte :

TJ ≈ Ttop + ΨJT × P

ΨJT n’est pas RθJC. Les conditions aux limites et la répartition du flux sont différentes. Utiliser ΨJT dans la chaîne RθJC + RθCS + RθSA peut produire une erreur importante.

10. Régime permanent et transitoires

Le calculateur suppose que les températures sont stabilisées. Un composant soumis à une impulsion n’atteint pas immédiatement la température prédite par Rθ : sa masse thermique retarde l’échauffement. La fiche technique peut fournir Zθ(t), parfois normalisée par Rθ, pour calculer la réponse à une impulsion unique ou répétée.

Inversement, la température finale peut être sous-estimée si le test est arrêté trop tôt. Attendez l’équilibre thermique ou utilisez un modèle RC thermique à plusieurs constantes de temps.

Le modèle stationnaire ne capture pas :

  • les points chauds internes et le partage non uniforme du courant ;
  • les cycles de puissance et l’impédance Zθ(t) ;
  • la variation des pertes avec TJ ;
  • le rayonnement détaillé, la recirculation ou les conductions mécaniques ;
  • l’échauffement mutuel entre composants ;
  • l’arrêt thermique, le foldback ou la limitation de courant.

11. Concevoir au pire cas

  1. Calculez la dissipation maximale crédible avec les tolérances électriques.
  2. Utilisez la température ambiante locale maximale, y compris l’auto-échauffement de l’enceinte.
  3. Prenez les résistances thermiques maximales ou une marge sur les valeurs typiques.
  4. Vérifiez l’effet d’une ventilation réduite, d’un filtre encrassé ou d’un mauvais contact d’interface.
  5. Fixez une TJ,cible inférieure à la limite absolue selon la fiabilité recherchée.
  6. Analysez les transitoires séparément si la puissance varie rapidement.
  7. Validez aux coins de fonctionnement sur le produit assemblé.

Une résistance RDS(on), un courant de fuite ou une tension directe peut varier avec la température. Si les pertes augmentent avec TJ, recalculez itérativement jusqu’à convergence et vérifiez tout risque d’emballement thermique.

12. Mesurer et valider sur prototype

  • Placez un thermocouple très fin au point recommandé, avec le minimum d’adhésif possible.
  • Pour une caméra infrarouge, corrigez l’émissivité ; le métal brillant donne souvent une lecture fausse.
  • Mesurez TA sans chauffer la sonde par rayonnement ou par conduction depuis la carte.
  • Utilisez ΨJT si le fabricant autorise l’estimation par la température supérieure du boîtier.
  • Lorsque le composant le permet, une diode interne ou un capteur intégré donne une meilleure estimation de la jonction.
  • Testez dans l’enceinte finale, avec les câbles, capots, filtres, orientation et ventilateurs réels.
  • Attendez la stabilisation et répétez à la tension, charge et température ambiante extrêmes.

Pièges fréquents

ErreurConséquenceBonne pratique
Entrer la puissance délivrée à la chargeSurestime ou sous-estime la chaleur du composantCalculer ses pertes propres
Utiliser la température de la pièce comme TAIgnore l’échauffement de l’enceinteMesurer l’air local ou l’entrée du dissipateur
Additionner RθJA et RθJCCompte deux chemins incompatiblesChoisir RθJA seul ou la chaîne JC + CS + SA
Confondre ΨJT et RθJCConditions aux limites incorrectesUtiliser chaque paramètre selon sa définition
Viser exactement TJ,maxAucune réserve pour tolérances et transitoiresDéfinir une température cible plus basse
Croire qu’un débit d’air garantit la même Rθ partoutIgnore géométrie et recirculationUtiliser courbe, CFD ou mesure
Appliquer Rθ au temps zéroIgnore l’inertie thermiqueEmployer Zθ(t) pour les impulsions

Outil associé

Ouvrir le Calculateur de température de jonction pour comparer l’air calme, un débit d’air et une chaîne avec dissipateur, puis lire la marge, la puissance admissible et la résistance thermique requise.

Guides associés

Sources

  • JEDEC JESD51 — famille de normes de mesure et de caractérisation thermique des boîtiers de composants électroniques.
  • JEDEC JESD51-2A — mesure de la résistance thermique jonction-ambiante en convection naturelle.
  • JEDEC JESD51-7 — carte d’essai pour la mesure thermique des boîtiers montés en surface.
  • JEDEC JESD51-12 — recommandations d’utilisation et de communication des informations thermiques de boîtiers.
  • Fiches techniques et notes d’application du composant, du matériau d’interface et du dissipateur retenus.